Comment transformer un résultat de recherche en projet de valorisation ? Et surtout, à qui s’adresser lorsque l’on ne connaît pas encore les dispositifs à mobiliser ? Créée en 2024, la fonction d’ingénieur innovation rapproche l’offre de services, les expertises et les outils de CNRS Innovation des laboratoires. Ce nouveau métier favorise l’émergence de projets innovants au sein des laboratoires dont le CNRS assure une cotutelle.
Illustration par une association fructueuse entre Maxime Toussaint, ingénieur innovation Centre-Est, et Michaël Gauthier, le directeur de l’Institut FEMTO-ST.
700 personnes, 28 équipes de recherche, 4 villes et 10 plateformes technologiques : à la tête de FEMTO-ST, l’une des trois plus grandes unités de CNRS Ingénierie, Michaël Gauthier pilote aussi une trentaine de projets d’innovation, depuis la déclaration d’invention jusqu’aux projets proches de la création de start-up.
Dans un laboratoire de cette taille, le premier enjeu est de ne laisser aucune idée prometteuse passer sous les radars. « Identifier les porteurs de projets ou les sujets scientifiques qui pourraient avancer sur une voie d’innovation, c’est un vrai sujet de stratégie de l’unité », souligne Michaël Gauthier. Certaines équipes maîtrisent déjà les dispositifs de valorisation, d’autres beaucoup moins. D’où la nécessité de détecter, mais aussi de sensibiliser et d’accompagner.
C’est précisément là le rôle de Maxime Toussaint. Ingénieur innovation au sein de la Direction des Relations avec les Territoires de CNRS Innovation, il est détaché à la délégation Centre-Est pour être au plus près des laboratoires. Actuellement composé de 14 ingénieurs, ce réseau est progressivement déployé dans toutes les délégations du CNRS.
Le cœur de ce métier, c’est de replacer le chercheur au centre de nos relations avec les laboratoires. Facilitateurs au niveau local, nous assurons une coordination efficace autour d’un projet d’innovation entre les personnels de recherche au niveau local et les équipes opérationnelles de CNRS Innovation au niveau national. ’’
Pour détecter les projets, deux portes d’entrée dominent. La première passe par les appels à manifestation d’intérêt des Pôles universitaires d’innovation (PUI), qui réunissent l’ensemble des acteurs de l’innovation de leur territoire et au sein desquels l’ingénieur innovation est impliqué. La seconde résulte directement des besoins des chercheurs. « Cela peut naître d’un échange – dans le cadre du suivi d’un projet européen ou ANR mais également d’une discussion informelle. Sur la base de l’échange, je peux ensuite conseiller et orienter les projets vers certains programmes d’accompagnement du CNRS – prématuration, RISE, OPEN, PISE – mais aussi vers d’autres partenaires », explique Maxime Toussaint.
L’ingénieur innovation est là pour aider les équipes de recherche à explorer les possibilités, à mobiliser les bons outils, les bons acteurs, et à construire, avec elles et les partenaires de site, le chemin de valorisation le plus adapté. « Il importe de voir l’innovation comme un continuum. Mon rôle est d’orienter le chercheur vers les différents programmes pour que son projet ait le maximum de chances d’aboutir. Je suis au service de ces derniers », insiste Maxime. Et de poursuivre :« quand je me suis présenté auprès de Michaël Gauthier, je ne suis pas venu en disant : voilà ce que je peux vous proposer. Je suis venu avec ce qui était à ma disposition pour lui demander : comment puis-je vous aider ? ».
Une logique que partage le directeur de FEMTO-ST. Son laboratoire travaille à la constitution d’un pôle interne d’innovation, dans lequel l’action de Maxime pourrait s’inscrire, et qui sera capable de cartographier les projets et d’aller vers les équipes les moins familières de la valorisation. « Je pense que le mieux, c’est le sur-mesure », affirme Michaël Gauthier.
FEMTO-ST apporte son expertise au défi "Cerveau" du CNRS en développant des méthodes d'automatique pour l'analyse de données d'électrophysiologie sensorielle ©Ludovic Godard
L’ingénieur innovation apporte aussi une valeur ajoutée car l’écosystème de la valorisation est complexe. Entre le laboratoire, la délégation, CNRS Innovation, les PUI, les SATT ou les incubateurs, identifier le bon interlocuteur n’est pas toujours évident. « Le simple fait d’avoir un interlocuteur unique s’avère ultra précieux. C’est un gain d’efficacité et de temps », témoigne Michaël Gauthier. Il se souvient notamment d’une négociation autour de l’exploitation d’un brevet par un industriel qui rencontrait quelques points de blocage. Par l’intermédiaire de Maxime Toussaint, il a pu identifier immédiatement la personne qui traitait le sujet chez CNRS Innovation afin de débloquer la situation.
Cette efficacité repose cependant sur une relation qui se construit dans la durée. « Nouer des relations avec les unités sur le terrain s’inscrit dans le temps long qui permet de construire la confiance et la connaissance mutuelle », ajoute Michaël Gauthier.
Aux chercheurs qui hésiteraient encore à prendre contact avec Maxime Toussaint, Michaël Gauthier lance cette adresse : « Allez-y sans crainte et en confiance ». Les personnels de recherche ont tout à y gagner ! En effet, mieux vaut parler suffisamment tôt d’un résultat qui pourrait être valorisé, notamment lorsque se pose la question de la propriété intellectuelle.
Le directeur de l’Institut FEMTO-ST choisit un mot pour résumer la fonction de l’ingénieur innovation : « trait d’union ». Entre les chercheurs et CNRS Innovation, mais aussi entre les différentes composantes de l’écosystème. CQFD.
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