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Letsee Imaging : la spin-off du CNRS qui révolutionne la mammographie en révélant l’invisible

Publié le 21 juillet 2026|par Emmanuelle Sutra

Détecter précocement les tumeurs là où les systèmes actuels ne voient que du « blanc sur blanc » : c’est le défi relevé par Letsee Imaging. Issue de plus de vingt ans de recherche fondamentale, cette start-up tricolore s’appuie sur une rupture technologique majeure transférée depuis les laboratoires sous tutelle du CNRS (UMR 7639) pour offrir aux radiologues une vision inédite de l’anatomie mammaire, promettant ainsi de transformer radicalement le pronostic vital de milliers de femmes.

Au cœur de l’innovation de Letsee Imaging se trouve une adaptation audacieuse d’une technique bien connue en optique astronomique : la méthode de Hartmann. « Philippe Zeitoun est le premier à avoir transféré la technique de Hartmann vers les rayons X il y a plus de 25 ans », explique Ombeline de La Rochefoucauld, CEO de l’entreprise. Si la mammographie conventionnelle se contente de mesurer l’absorption des rayons X — révélant essentiellement la densité des tissus —, le système de Letsee Imaging capte une dimension supplémentaire : la déviation des rayons ou réfraction.

Cette prouesse permet de générer quatre fois plus d’informations qu’un examen classique. Comme le souligne l’entrepreneuse : « On a quatre informations en tout : l’absorption, la déviation dans une direction, la déviation dans l’autre direction et la phase ». Dans les faits, cette technologie résout le problème critique des « seins denses » où les fibres saines et les tumeurs apparaissent toutes deux en blanc sur les clichés standards.

En se focalisant sur les interfaces physiques, le mammographe de Letsee Imaging fait ressortir les contours. « L’absorption révèle seulement la densité des matériaux traversés, tandis que la déviation est vraiment sensible aux contours des structures », précise-t-elle. Un atout qui pourrait éviter de nombreux examens complémentaires à une radio, comme l’échographie ou l’IRM. Un gain de temps et un diagnostic plus précoce pour les patientes, et une économie pour l’Assurance maladie en prime.

 

Un duo visionnaire forgé par huit ans de R&D

L’histoire de Letsee Imaging est avant tout celle d’une rencontre et d’une collaboration de longue date entre Ombeline de La Rochefoucauld et Philippe Zeitoun, chercheur au CNRS et directeur de recherche au Laboratoire d’optique appliquée (LOA — UMR 7639, CNRS/École polytechnique/ENSTA Paris). « On travaille ensemble depuis plus de huit ans, se souvient la CEO. Je travaillais, à l’époque, chez Imagine Optic, une entreprise partenaire du laboratoire de Philippe Zeitoun. »

Le passage du laboratoire à l’aventure entrepreneuriale a été un processus de maturation lente. Initialement, le duo explorait des applications dans le contrôle non destructif ou l’imagerie du petit animal. Le virage vers la santé humaine a été pris en juin 2023, suite aux conseils d’experts soulignant le besoin médical non couvert. « On s’est rendu compte qu’on pouvait vraiment répondre à un problème en mammographie. On a décidé d’aller vers ce qui n’était pas notre idée initiale », confie Ombeline de La Rochefoucauld. Ce pivot a marqué la naissance officielle de la spin-off en novembre 2023.

 

Le CNRS, catalyseur du transfert technologique

On a été bien accompagnés par l'équipe de transfert ; ça a pris du temps, mais tout s'est passé assez facilement. Ils étaient vraiment aidants, l’objectif étant de faire en sorte que tout fonctionne ’’

Ombeline de La Rochefoucauld

CEO Letsee Imaging

Le passage de la recherche fondamentale au marché n’aurait pu se faire sans l’accompagnement structuré du CNRS. La start-up bénéficie de la protection intellectuelle des brevets issus du laboratoire et d’un contrat de licence rigoureux. Ombeline de La Rochefoucauld salue d’ailleurs l’implication des équipes de transfert : « On a été bien accompagnés par l’équipe de transfert ; ça a pris du temps, mais tout s’est passé assez facilement. Ils étaient vraiment aidants, l’objectif étant de faire en sorte que tout fonctionne ».

Au-delà de la propriété industrielle, l‘organisme a joué un rôle de mentorat crucial dès 2022, bien avant la création de l’entreprise. Ayant bénéficié de l’accompagnement RISE à la création de start-up, piloté par CNRS Innovation, Letsee Imaging a aussi participé à la formation « Deeptech Founders », essentielle pour des profils très scientifiques. « On est scientifiques tous les deux avec Philippe, on ne voulait pas être trop « techno push ». On a donc pris ce temps de formation pour poser les bases en se demandant qui aurait vraiment besoin de notre solution », explique-t-elle. Aujourd’hui, Philippe Zeitoun continue d’apporter son expertise sous le régime du concours scientifique, tandis que le label CNRS reste un gage d’excellence, particulièrement auprès des investisseurs internationaux.

Un écosystème stratégique pour un saut vers 2032

Pour transformer son approche technologique en un dispositif médical certifié, Letsee Imaging s’est entourée d’un comité stratégique de haut vol. Celui-ci mêle entrepreneurs comme Matthieu Leclerc-Chalvet (CEO de Therapixel), scientifiques internationaux et radiologues. Ces derniers sont indispensables pour valider l’intérêt clinique des images.

L’ancrage territorial de la start-up est également une force. Basée en Nouvelle-Aquitaine, l’entreprise bénéficie du soutien de la région et de Bpifrance via l’incubateur Unitec, tout en conservant un pied en Île-de-France grâce à l’intégration à l’incubateur Agoranov et, en septembre 2024, au Paris-Saclay Cancer Cluster (PSCC). Un accompagnement jugé « très précieux, car vraiment orienté vers la santé », aidant l’équipe à naviguer dans la complexité réglementaire des études cliniques. Plusieurs autres applications pourraient ainsi être possibles, comme l’imagerie par rayons X d’organes mous comme les poumons, le foie, le rein, le cerveau ou l’angiographie sans agent de contraste.

Le chemin vers les centres de radiologie reste toutefois encore long. Ombeline de La Rochefoucauld estime une mise sur le marché entre 2031 et 2032. D’ici là, l’étape cruciale sera l’obtention d’images sur des patientes pour valider définitivement la supériorité du système. « Il faut qu’on montre que ça fonctionne sur des mammographies, ensuite, il y aura encore plusieurs verrous technologiques avant d’avoir vraiment un mammographe qu’on peut mettre sur le marché », conclut-elle avec pragmatisme. Une patience nécessaire pour faire de cette technologie CNRS la nouvelle référence mondiale du dépistage précoce.

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