Après une levée de fonds record de 750 millions de dollars cet été, la biotech tricolore Abivax espère commercialiser son candidat-médicament obefazimod d’ici fin 2027. Une molécule issue d’un laboratoire CNRS qui promet de révolutionner le traitement de la rectocolite hémorragique.
Fruit de 20 ans de recherche, l’obefazimod pourrait bien être en passe de bouleverser le quotidien des millions de personnes dans le monde qui vivent avec une rectocolite hémorragique (RCH), une inflammation chronique de la muqueuse intestinale à l’origine de douleurs abdominales intenses, de diarrhées et de saignements. Au cœur de l’été, la société de biotechnologie Abivax, issue notamment de l’Institut de Génétique moléculaire de Montpellier (IGMM / CNRS), a rendu public des résultats d’essais cliniques d’induction de phase III pour son candidat médicament obefazimod contre cette maladie inflammatoire de l’intestin (MICI), entraînant un engouement historique des marchés.
« En une seule journée, le cours de l’action d’Abivax est passé de 10$ à 70$ », se souvient Didier Blondel, directeur financier d’Abivax. Ainsi, le 23 juillet, le cours de l’action de la biotech tricolore a bondi de +520 % à Paris et de +560 % sur le Nasdaq, valorisant l’entreprise à 3,6 milliards d’euros. Une envolée qui s’explique par l’espoir suscité par l’obefazimod, premier médicament de sa classe thérapeutique, qui pourrait bien changer la donne des patients atteints de rectocolites hémorragiques au stade modéré à sévère.
Une molécule aux propriétés anti-inflammatoires
À l’origine de ce candidat médicament, des travaux qui ont débuté en 2002 dans le laboratoire du Pr Jamal Tazi, biologiste moléculaire à l’Institut de Génétique moléculaire de Montpellier. « À l’époque, nous avions comme idée de modifier un processus important dans la cellule : la synthèse des ARN messagers, car les altérations de l’épissage sont à l’origine de nombreuses maladies », précise le Pr Tazi.
Le labo montpelliérain s’associe alors avec l’institut Curie pour passer au crible près de 12 000 molécules, à la recherche d’une structure chimique capable de modifier l’épissage. L’une d’elles, IDC16, révèle qu’il est possible de bloquer la réplication du VIH en modulant l’épissage de ses ARN. De cette découverte naît la société Splicos en 2009, qui deviendra ensuite Abivax en 2013 – toutes deux opérées et financées par Truffle Capital -, pour concevoir et tester des dérivés optimisés de cette molécule, dans le cadre d’un partenariat public-privé.
C’est dans ce cadre qu’est identifiée la molécule SPL464 (rebaptisée ensuite ABX464, puis obefamizod), active contre le virus du SIDA et ciblant un complexe clé de la biogenèse des ARN, le Cap Binding Complex (CBC). En modulant ce complexe, la molécule module l’épissage des ARN du VIH — ce qui empêche sa réplication — et induit la production du microARN miR-124, doté de puissantes propriétés anti-inflammatoires. Les modèles précliniques menés dans le cadre du laboratoire coopératif Splicos Therapeutics[1] confirment ce double effet : antiviral et anti-inflammatoire.
« C’est à ce moment-là que nous avons compris que la molécule pouvait aller bien au-delà du VIH », se souvient le Pr Tazi. « Le miR-124 étant un régulateur majeur de la réponse immunitaire, nous avons réorienté la recherche vers les maladies inflammatoires chroniques à la suite des résultats de l’essai de phase 2a dans le VIH. »
Ce choix marque la transition du domaine infectieux vers l’inflammation, toujours dans le cadre du partenariat public-privé avec Abivax.
Taux significatif de rémission clinique
Sous l’impulsion d’Abivax et en capitalisant sur les programmes cliniques précédents (phase 1 et phase 2a dans le VIH), la molécule issue de la recherche académique a transitionné avec succès du domaine infectieux vers l’inflammation. « Cette molécule a la particularité unique d’augmenter la synthèse d’un seul microARN, le miR-124, dont il a été démontré qu’il régule puissamment l’inflammation », souligne le Pr Tazi. Chez les patients atteints de rectocolite hémorragique, des données suggèrent que certains présentent des taux de miR-124 abaissés ; obefazimod permet de le restaurer et de ramener l’état inflammatoire vers un équilibre normal.
Pris par voie orale, c’est un immunomodulateur. En augmentant l’expression du miR-124, « il régule ainsi l’inflammation chez les patients atteints de rectocolite hémorragique et est capable de ramener l’état inflammatoire proche d’un état sain, homéostatique », explique Aude Garcel, responsable de la recherche chez Abivax. Une action totalement innovante, qui fait de ce médicament le premier de sa classe thérapeutique.
Après des études de phase 2a et 2b qui ont montré un bon profil de tolérance et une efficacité prometteuse du médicament, Abivax a publié fin juillet ses résultats de phase III. « Ces résultats se sont révélés excellents en termes d’efficacité, avec une réponse au placebo très faible et ont confirmé le bon profil de tolérance du produit », souligne Pierre Courteille, pharmacien MBA et Directeur Business Développement chez Abivax. Dans le détail, la dose de 50 mg d’obefazimod, une fois par jour, a entraîné un taux significatif de rémission clinique nette de placebo de 16,4 %, après 8 semaines de traitement. Ainsi, parmi les 1275 malades souffrant de rectocolite inclus dans l’étude, 678 ont obtenu une réponse clinique. Des travaux de grande ampleur sont menés dans plus de 600 centres d’essais cliniques répartis sur 36 pays. « L’obefazimod est indiqué dans la RCH modérée à sévère, mais pourrait à terme cibler la majeure partie du spectre des MICI », imagine Pierre Courteille.
Aussi, l’avantage de ce futur traitement est double. « Déjà, il est administré par voie orale, contrairement à de nombreux traitements de la RCH qui sont encore souvent des injectables », souligne Pierre Courteille. Ensuite, alors que les traitements de référence de la RCH restent les corticoïdes et les immunosuppresseurs spécifiques (anti- TNFα…), qui peuvent exposer à des effets indésirables, notamment des infections « ce n’est pas le cas d’obefazimod », rappelle-t-il. En d’autres termes : « on rétablit ici le système immunitaire à un niveau physiologique normal, il n’y a pas de shutdown complet d’une voie inflammatoire », poursuit Pierre Courteille.
Une mise sur le marché fin 2027 ?
Obefazimod est la démonstration que la biologie de l’ARN peut transformer la médecine et que les découvertes issues des laboratoires publics peuvent changer la vie des patients. ’’
Pr Jamal Tazi, biologiste moléculaire à l’Institut de Génétique moléculaire de Montpellier, décoré par la médaille de l’innovation du CNRS en 2017.
Désormais, Abivax mise sur les résultats de son essai de maintenance, sur 44 semaines, dernière étape avant la commercialisation du produit. « Nous attendons les résultats pour la fin du deuxième trimestre 2026. Puis, nous déposerons un dossier de demande de commercialisation sur la deuxième partie de l’année 2026, d’abord aux États-Unis », anticipe Didier Blondel, qui se félicite que « la découverte de l’obefazimod soit le résultat d’une collaboration entre les équipes d’Abivax et du CNRS, de Curie et de l’Université de Montpellier ». Le médicament pourrait ainsi être mis sur le marché fin 2027.
Fort de sa levée de fonds de 750 millions de dollars aux États-Unis, la biotech tricolore entend ainsi poursuivre ses recherches sur les maladies inflammatoires. « Nous étudions par exemple obefazimod sur le traitement de la maladie de Crohn, mais aussi en association avec d’autres thérapeutiques », indique Didier Blondel. Des travaux d’autant plus prometteurs que les MICI devraient exploser dans les années à venir, en particulier dans les pays industrialisés, et que « le marché mondial des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin devrait passer de 23 milliards de dollars en 2023, à près de 40 milliards en 2032 », souligne Pierre Courteille.
Pour le Pr Jamal Tazi, médaille de l’innovation du CNRS en 2017 et nommé au Prix Galien 2025, ce parcours illustre la force de la recherche partenariale public-privé : « Obefazimod est la démonstration que la biologie de l’ARN peut transformer la médecine et que les découvertes issues des laboratoires publics peuvent changer la vie des patients. »
[1] Le laboratoire coopératif Splicos Therapeutics qui réunit dès 2009 le CNRS, l’Université de Montpellier et la société Splicos, devient Abivax Therapeutics en 2013.
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