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Santé Biotech

Ciloa : un traitement anti-obésité et anti-diabète grâce aux exosomes

Publié le 25 septembre 2025|par Martin Koppe

Capables de transporter des protéines dans le sang, les exosomes sont une solution naturelle pour obtenir des médicaments à partir d’hormones trop instables pour être utilisées telles quelles. La biotech Ciloa mise ainsi sur l’adiponectine, une molécule presque magique tant elle a d’effets bénéfiques pour la santé.

Vers la fin des années 2000, deux brevets à la base des technologies de Ciloa ont été déposés par Robert Mamoun, président et cofondateur de Ciloa, ancien directeur de recherche à l’Inserm et ancien directeur du Centre d’études des maladies infectieuses et pharmacologie anti-infectieuse (CEMIPAI, CNRS/Université de Montpellier), et Bernadette Trentin, aujourd’hui Chief Scientific Officer de la startup, avec le CNRS et l’université de Montpellier.

Ils traitent de la bio-ingénierie des exosomes, de petites vésicules que nous avons tous par milliards dans le sang et qui transmettent de l’information sous forme de protéines et d’ARN aux organes. Ces technologies permettent d’ajouter des protéines à la surface ou à l’intérieur des exosomes. Des avancées qui ont conduit à la création de Ciloa en 2011.

« Pendant les cinq premières années, nous avons été les seuls au monde à travailler sur l’industrialisation des exosomes modifiés, affirme Robert Mamoun. Nous avons accumulé un savoir-faire et de l’expérience, puis prouvé que notre technologie était fiable et reproductible. Les premiers investisseurs sont alors venus nous aider à développer l’entreprise. »

Capture par des cellules neuronales d'exosomes non-modifiés (figure A) et d'exosomes customisés (figure B) porteurs d'un ligand spécifique d'un récepteur de neurones. © R. MAMOUN

Comme ses fondateurs étaient initialement des virologues, Ciloa a d’abord voulu utiliser les exosomes dans le cadre de la vaccination contre les virus émergents : dengue, chikungunya, virus du Nil occidental… Mais une collaboration avec une unité Inserm a montré l’importance d’une autre application : la délivrance stable de l’adiponectine dans le sang.

« Cette hormone est courtisée par les Big Pharma depuis une trentaine d’années, explique Robert Mamoun. Tous ont essayé de la produire comme un médicament stable et tous ont fini par jeter l’éponge. Notre technologie de greffage de protéines sur des exosomes fonctionne à merveille pour stabiliser l’adiponectine dans le sang. Personne n’y arrivait jusqu’à il y a trois ans et nous pouvons désormais aller jusqu’au bout pour en faire un médicament. »

L’adiponectine cumule des effets anti-inflammatoires, anti-stress oxydatif, anti-apoptotique, c’est-à-dire qu’elle combat la mort programmée des cellules, elle sensibilise à l’insuline et a des effets bénéfiques sur la plupart des organes : cœur, foie, pancréas, peau, neurones, les yeux… L’hormone soulage aussi l’inflammation liée aux maladies métaboliques comme l’obésité et le diabète.

« L’adiponectine a un potentiel énorme pour la santé humaine, même moi je n’y croyais pas au début, reconnaît Robert Mamoun. Depuis, plus de 27 000 articles scientifiques soulignent ses bienfaits. Nous avons testé l’hormone sur des souris diabétiques et obèses, et tout ce qui était écrit dans la littérature scientifique s’est révélé exact : en trois mois, les animaux revenaient en parfaite santé et sans graisse. Tous les marqueurs, y compris cardiovasculaires, étaient au vert. »

Cet été, Ciloa a obtenu une subvention de 6,5 millions d’euros du programme France 2030 « Innovations en biothérapies et bioproduction » pour la production d’exosomes stables transportant de l’adiponectine. Ils se conservent jusqu’à un an à quatre degrés, soit la température d’un réfrigérateur classique. Ciloa cherche encore des financements à hauteur de sept millions d’euros pour lancer la production, dans un environnement de Bonnes pratiques de fabrication (BPF/GMP), d’un médicament injectable à l’homme de façon sûre.

« Nous allons faire la phase de préclinique réglementaire, pour pouvoir ensuite embrayer sur la première phase clinique chez l’homme en 2027, explique Robert Mamoun. Si aucun problème de sécurité n’apparaît, nous passerons à la phase clinique 2a pour montrer l’efficacité sur des patients obèses et, si possible, voir si le médicament réduit leur risque de diabète de type 2. Les financiers ont souvent peur des premières sur des humains, mais nous savons que nos exosomes sont efficaces dans au moins un modèle reconnu par les Big Pharma. Même à très haute dose, aucune toxicité n’a été détectée et nous pouvons produire un très grand volume de ce bio-médicament, et ce de manière reproductible. »

Notre technologie de greffage de protéines sur des exosomes fonctionne à merveille pour stabiliser l’adiponectine dans le sang. Personne n’y arrivait jusqu’à il y a trois ans et nous pouvons désormais aller jusqu’au bout pour en faire un médicament. ’’

Robert Mamoun

Président et cofondateur de Ciloa, ancien directeur de recherche à l’Inserm et ancien directeur du Centre d’études des maladies infectieuses et pharmacologie anti-infectieuse (CEMIPAI, CNRS/Univ. Montpellier)

Après l’obésité et le diabète, Ciloa s’intéressera à d’autres applications de l’adiponectine : les maladies cardiovasculaires et les rétinopathies. L’hormone est en effet efficace contre les trois principales maladies de la rétine : celle due à l’âge, celle due au diabète et celle due au stress de l’oxygène qui touche les nouveau-nés. D’autres pathologies ont également été liées à des taux trop faibles d’adiponectine. On peut encore citer les maladies inflammatoires de la peau, comme le psoriasis, ainsi que des maladies neurodégénératives comme celles de Parkinson et d’Alzheimer.

« Avant d’aller vers ces nouvelles applications, il faudra déjà une première preuve de concept chez l’homme, tempère Robert Mamoun. Mais si cela fonctionne, alors la bio-ingénierie des exosomes aura ouvert la porte à toute une génération de solutions thérapeutiques. »

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